Mai 2026

Ecrit par Valérian, Co-fondateur et Steward, Jumanji 2030

Salut aux enthousiastes des modèles d'actionnariat alternatifs,

Il y a quelques jours, une soixantaine d'investisseurs, entrepreneurs, et experts réunis par Le Plongeoir se sont retrouvés à la Trinité (56) pour parler des "EXITS à impact". J'ai fait le déplacement pour les échanges, et y partager nos avancées sur le Steward Ownership.Voici mes impressions, sans filtre, des échanges. En plénière et en 1-1. Pas évident pour moi de me replonger dans une industrie dont j'ai fait partie pendant 15ans. Je constate qu'elle a conservé les mêmes incohérences qui m'ont fait la quitter.

Le modèle de fonds de VC à impact ne marche(ra) pas

Les fonds d'impact recherchent tous un rendement supérieur à ce que 75% des fonds de VC mainstream (!) atteignent en réalité. Le top quartile de l'industrie commence à 7% de TRI (chiffre partagé par Serena et vérifié sur France invest). A ma connaissance chacun des VC "impact" de la place promet et recherche un rendement plus élévé que ces 7%.Le benchmark devrait déjà faire réfléchir : est-ce logique de viser un rendement supérieur à 75% des investisseurs dont les cibles n'ont aucune contrainte sociale ou environnementale à considérer dans leurs modèles d'affaire ?

Historiquement, la performance des VC impact est pourtant "mauvaise", personne n'a contredit un intervenant qui faisait la remarque. Le track record se dessine, on ne peut plus se cacher derrière un "peut-être qu'ils y arriveront dans 10 ans". Et le système d'exit est lui aussi controversé, en tout cas suffisamment pour en faire un évènement-régate ;)

Et pourtant aucun des fonds de VC présents n'a partagé la recherche de nouveaux modèles d'investissements. Tous se disent limités par les LPs (les investisseurs des VCs). Chez Insitor, le GP à impact que j'ai cofondé, j'estime qu'on a fait cette erreur lors de la levée de notre 2ème fonds ($ 35 millions) en 2015: trop écouter les LPs pour les séduire a tué notre capacité à investir dans les boites qui pouvaient vraiment changer les choses.

Evidemment qu'il faut soutenir les innovations à intentionnalité positive avec du capital. Mais n'y a t'il y pas des outils de financement à réinventer pour servir mieux ces entreprises, plus résilientes et moins risquées, plutôt que d'essayer de les faire rentrer dans les standards crées pour soutenir l'innovation mainstream, et qui en plus rémunère mal les investisseurs tout en risquant de tuer l'"impact" ?

On le voit depuis 3ans dans notre entreprise de mentorat autour des carrières de sens : la grande majorité des travailleurs qui font ces entreprises sont prêtes à des concessions. Alors pourquoi pas le capital ?

Les fonds d'impact ont, il me semble, capté trop du capital dédié à la transition juste pour le déployer de la mauvaise manière.

Exits - des exemples d'exits récents qui font réfléchir

Le dernier exit de Serena et Makesense : une banque éthique (Helios, concurrent de GreenGot) vendue à un gros acteur du crédit conso côté en bourse (Younited). Un deal en action qui les garde actionnaire mais sans aucun contre-pouvoir.Vu sur le site de Younited : "pour financer un véhicule, une télévision ou d’autres biens de consommation en express, Younited Credit vous propose une offre de crédit à la consommation rapide à taux attractif."Le consensus des investisseurs : sans ce deal, Helios ne pouvait plus grossir, et serait peut être mort. Ça fait réfléchir à plein de choses - et je me pose la question de si Helios avait été Steward Owned dès le début qu'est ce qui serait arrivé ?

Le dernier exit de Mirova: la revente d'une entreprise dans l'agro-voltaîque au groupe Total. Six mois plus tard, les fondateurs étaient partis. Ils étaient pourtant très vendeurs au départ. Des clauses de préservation de la mission étaient prévues au pacte, mais on se doute que Mirova n'ira pas chercher la petite bête si jamais Total oublie ce détail.

Dans la salle, on partage que les "founders" ne sont pas accompagnés à l'exit. C'est sujet trop peu creusé. Et c'est paradoxal car 99% des VC vont chercher un exit, et mettront des clauses d'exit forcé (après 5-7ans) dans le pacte. Je ne sais pas si les fonds evergreen le font, mais si oui alors on atteint 100%.

Ça aussi c'est typique : une fois la levée faite, on parle croissance, KPIs, et equity story pour maximiser les valos successives. Je l'ai vecu tellement de fois. Un peu comme si un VC impact se donnait comme rôle de maximiser le rendement d'une opportunité d'impact, en guidant les équipes sur la ligne de crète du monde des affaires, tout en reportant des métrics CO2 à leurs LPs de l'autre côté pour préparer la levée de leur prochain fonds.

Vu sous cet angle, je comprends celles et ceux qui pensent qu'il est plus efficace d'investir dans des entreprises mainstream, puis de les accompagner vers des modèles d'affaires plus vertueux.

L'investisseur le plus expérimenté dans la salle (15 exits), Impactivist, partage son expérience et recommande de ne pas céder à un corporate car "la greffe a peu de chance de prendre". Recyclivres est selon eux un bel exemple d'exit mais je n'ai pas pu creuser. Intéressant en tout cas, ils ont regardé l'"après" ! Impactivist est aussi connu pour négocier des valorisations basses, avec des clauses de relution. Ça m'a semblé pertinent pour avoir une marge de contrôle au moment de la vente.